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Connaissez-vous ces expressions fascinantes de Flaubert?


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.../ŠBianchetti/Leemage

Nous fêtons ce 12 décembre les 200 ans de Gustave Flaubert. L’occasion, pour Le Figaro, de revenir sur certaines expressions inventées par l’auteur de Madame Bovary.

«Chicandard», «bouillerie», «cheminots»... Le vocabulaire fleurit de Flaubert regorge d’argot et de normandismes qui participent à cette «couleur locale» chère à l’auteur. Ces mots font revivre en nous le terroir normand et le parler populaire du XIXe siècle. Mais connaissez-vous ceux, flaubertiens, qui foisonnent dans sa prolifique correspondance?

Tout droit sortis de son imagination, ces termes font partie de ce que l’on pourrait désigner comme le «langage privé» de l’auteur. En effet, on constate que le père de Madame Bovary pratique une sorte de «double langage»: un langage «public», celui qu’il destine à son lectorat, et un langage «privé» qu’il réserve à son cercle d’amis et de proches. Bien moins policée que son langage «public», sa langue «privée» abonde ainsi d’expressions farfelues et souvent grivoises. Florilège.

• Le suffixe -ade

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«Pas un mot de mon arrivée à personne, bien entendu, de peur des rapports et des relançades». Flaubert, écrivant à son ami Louis Bouilhet, exprime ici tout son ennui des mondanités et particulièrement de ses retrouvailles avec son ancienne amante Louise Collet. En effet, le Trésor de la langue française précise que la forme «-ade» est un suffixe qui exprime «l’idée d’action [...] appartenant souvent à la langue familière, avec quelquefois une valeur péjorative». Ainsi Flaubert parle-t-il de «grillade» ou de «brûlade» pour évoquer une scène de sacrifice par le feu dans Salammbô, en mettant à distance l’aspect littéraire de ces descriptions: «Je vais commencer après-demain le dernier mouvement de mon avant-dernier chapitre: la grillade des moutards.» Mais son expression favorite reste sans doute «baisade», qu’il utilise allégrement dans sa correspondance et dans ses brouillons, en marge de scènes sexuelles ironiquement assez chastes.

• Le préfixe dé-

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«Je suis bien sûr que tu ne dépenses pas à moi», écrit Flaubert à sa mère pour qu’elle ne l’oublie pas. Le préfixe «dé-», selon le Trésor de la langue française, sert «à modifier le sens du terme primitif en exprimant l’éloignement, la privation, la cessation». Cette forme vient du latin «dis-» qui marque aussi l’éloignement. L’écrivain joue ainsi avec l’étymologie et la formation classique de la langue tout en préservant un certain décalage. On trouve de même les verbes «désembêter», «désennuyer», «dépenser» (arrêter de penser) ou encore le savoureux «défumer». Mais le plus extravagant de ces mots en «dé-» est certainement «dénévropathiser». Flaubert écrit ainsi à George Sand: «J’irai passer une vingtaine de jours sur le Righi pour […] me dénévropathiser». Ce mot est formé à partir du grec neuron, «le nerf», et de pathos, «ce qui affecte». Littéralement se «dénévropathiser» signifie «se libérer de ce qui affecte les nerfs». Il s’agit donc de se «remonter le moral» de manière élégante.

• Le préfixe casse-

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«Casse-pète», «casse-briller»... Étranges compositions que ces expressions imaginées par Flaubert. À celui qui ne le connaît pas, elles n’évoquent certes rien, mais pour le cercle rapproché de l’écrivain, ce langage codé était clair. «Casse» est utilisé de manière récurrente comme préfixe pour évoquer la force d’une action. Le «casse» contribue à l’élaboration d’un dialecte intime. Ainsi, lorsqu’il écrit à son ami Louis Bouilhet que sa tête est couverte d’un «tarbouch rouge qui cassepète de couleur rouge», il reprend à son compte l’expression «péter à en casser» qui signifie, dans ce cas, «resplendir avec force». Dans une autre lettre, il écrit aussi à sa mère que «le soleil casse-brille», c’est-à-dire «brille très fort».

• Une orthographe biscornue

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«Connaissez-vous le Catéchisme de persévérance de l’abbé Gaume? C’est Hénaurme…» Non sans une certaine ironie et une certaine critique anticléricale, Flaubert déforme les mots pour leur donner une nouvelle importance. Ainsi «énorme» devient-il l’emphatique «Hénaurme» (souvent écrit avec la majuscule) qui, avec malice, désigne l’étendue de la bêtise humaine. Flaubert s’amuse aussi de l’érudition et joue avec les étymologies. On passe donc du simple mot «frénésie» au complexe «phrénésie», qui rappelle les origines grecques du mot: phrénesis (le délire). Dans l’argot flaubertien, on trouve aussi le terme «raide», souvent mis pour «fort», qu’il orthographie fréquemment «roide»: «cela est fort, roide, dramatique», écrit-il aux frères Goncourt à propos de leur roman Germinie Lacerteux.

• La «balle»

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Les Bons Profs

Bien souvent, le vocabulaire inventé par Flaubert est utilisé dans un sens dépréciatif, pour se moquer faire rire par la même occasion. C’est ainsi qu’il utilise le mot «balle» pour dire «la tête» ou «la figure». Il s’agit là d’un rapprochement de forme entre la rondeur du visage et de celle d’une «balle». La figure est chosifiée pour permettre à l’auteur de mieux la critiquer. Dans une lettre à sa mère datée de décembre 1850, il écrit à sa mère qu’il désapprouve le mariage de son ami d’enfance Ernest Chevalier, compagnon de bohème dans ses jeunes années: «Ce brave Ernest! Le voilà donc marié, établi et toujours magistrat par-dessus le marché! Quelle balle de bourgeois et de monsieur!»

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Author: Eric Lee

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